Lundi 23 novembre 2009



nébuleuse Karina - Nasa

Ile St Louis, Quai...


Court, étroit,

l'escalier de métal sonore

                           se tend, s'étire, se rétracte

Rêche, sa rampe méfiante colimaçonne,     

ses treize marches de fureur se bossellent

lorsqu'il se tord et se hisse

du marbre noir au marbre blanc.


En haut, pieds nus, dressé

dans ton  corps-aiguille, Jude, tu m'attends


Par delà les marches ton espace est blanc

aux murs tendus de soies à la nacre bleutée


Griffes enfoncées dans un marbre trop blanc

ton long piano

                  Bösendorfer royal

- laque à l'ivoire pâli - 

                                    t'attend.


Si fragile, annonces-tu, en le caressant.


Tu es assise  maintenant

                      et tes notes tintinnabulent

Suis-tu la partition ?

ce livre d'or sur le lutrin posé

                     où hier, Pablo, le peintre ami,  

d'un trait traçait un nouveau monde

                      que tu me joues maintenant


       f o  r   t     i     s       s       i         m         o


A chacune de tes notes ton corps nacelle chancelle

de tes doigts tu brûles

                                   les ivoires, les ébènes

le temps s'est éclipsé

                      ***

Léger, empli de ta musique, mon corps s'envole

Par les fenêtres, sur la nuit, ouvertes,

il prend son essor

et s'enfuit à l'amble et au rythme du vent.


Pourtant 

clouée aux marches remuantes

mon ombre, frémissante

toujours t'écoute

                            et toujours t'entend.


*******

Origine de ce poème :

Une jeune et richissime artiste avait voici bien longtemps acheté un invraisemblable appartement sur deux étages dans l'île. Nous nous étions rencontrés une nuit chez Maurice, bistrot et couscous, rue des Boulangers. Maurice était le patron, amical voyou, tendre et dangereux. On lui payait ce qu'on pouvait ! Dans le juke-box, Léo Ferré chantait "Pour tout bagage on a vingt ans..."  

Le soir où j'ai rencontré celle que j'appelle Jude, Henry et Clem le plombier américain, au vaste chapeau noir sur lequel un corbeau encore plus noir était toujours perché, m'accompagnaient. Un an plus tard, d'un coup de couteau, Maurice était assassiné.

Nous nous étions approchés de Jude et moi, je m'y étais brûlé. "Go, burn yourself for hellsake" m'avait crié Henry, jouant comme dans ses livres avec les mots.  "Elle et hell" Dès le début, il savait ce qui allait advenir. Il aimait tant l'amour et la vie.

Des peintres - j'en cite un ici-  ont connu Jude, l'ont approchée, parfois aimée. A chacune de leur visite, ils dessinaient sur une page d'un de ses livres d'or... 

Elle avait la folie somptueuse, attirante et émouvante des grands maniaco-dépressifs.

J'ai mis un peu trop longtemps à lui échapper.



 



Par Paul - Publié dans : poésie - Communauté : mémoire et écritures - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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